Début du premier chapitre : L'immersion

Cent-cinquante. Ils sont cent-cinquante à m’attendre de pied ferme, armés jusqu’aux dents, prêts à en découdre, à faire parler la poudre. Cent-cinquante hommes et femmes de bonne volonté, probablement pères de famille attentionnés, femmes exquises, mais aujourd’hui mués en soldats de la haine. À cause d’une gaffe. Ou pas. Un mot lâché par le directeur des ressources humaines. Un mot chargé de venin pour l’assemblée. Un mot censé me décrire, alors que je n’y accorde aucune importance. Je le juge même réducteur, hors sujet. Je vois bien le résultat. Au moment où ce mot a été prononcé, les trois-cents yeux sont devenus perçants, inquisiteurs, pleins de menaces. Un fossé s’est creusé en une milliseconde, entre eux confortablement installés dans les fauteuils de l’amphithéâtre et moi, qui n’en mène pas large, debout derrière le pupitre transparent. Tout ça à cause d’un malentendu, une guerre de Cent Ans à laquelle je me sens parfaitement étranger.