Début du premier chapitre : le chocolat au lait

La radio portable est couchée sur le traversin blanc, à quelques centimètres de mon oreille, volume du son réglé au minimum. Le curé n’a pas encore actionné le mécanisme antique qui va déclencher l’habituel tintamarre, quelques minutes avant sept heures du matin. Comme si les habitants du village avaient besoin de ce rappel à l’ordre pour se réveiller ou se lever. Pendant que les cloches de l’église sonnent, il est illusoire d’essayer de comprendre ce que le journaliste raconte dans son micro. En revanche, si ces cloches font leur office pendant un air d’accordéon, je suis plutôt content. Ça me gave, l’accordéon. Le curé nous prend en douceur. Avant la bruyante cavalcade qui va durer cinq bonnes minutes, il fait retentir une seule de ses satanées cloches avec trois coups successifs, suivis d’un silence. C’est pour nous prévenir, nous amadouer.